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Mœurs : Histoire de la fellation / Fellation Story
Un jour, Bernard Pivot s’étonnait qu’il n’y ait pas "un livre complet sur la fellation, une histoire, ses techniques, ses variantes, ses perversions, sa philosophie, sa sociologie"…  Et il aura été partiellement exaucé par Thierry Leguay, qui donnait quelque temps plus tard une Histoire raisonnée de la fellation, où l’on apprenait bien des choses amusantes ou troublantes… Il aura fallu attendre 1981 pour que la fellation apparaisse au Petit Larousse, imité par le Robert en 1984… Faut-il y voir un curieux effet de l’élection de François Mitterrand ?


Le dictionnaire érotique de Pierre Guiraud relève 48 expressions pour en rendre compte :

Se la faire allonger, avaler la fumée (la pilule), aspirer, boire au goulot, se faire croquer, dévorer, gamahucher, gober le merlan, se laver les dents, manger, prendre en poire, pomper (le dard, le gland, le nœud), faire un pompier, prendre la pipe, souffler dans la canne, sucer, tailler une plume, téléphoner dans le ventre…



Plus drôle encore, le fameux imparfait du subjonctif de savoir… Ainsi l’histoire de ces dames se demandant si une femme peut être aimée d’un homme sans le soupçonner. L’une d’entre elles pouvait témoigner comment, jeune fille, il avait pu lui arriver d’avoir été aimée d’un vieux général – "sans que je le susse", dit-elle…

Il y a peu de traces dans la littérature de jadis de cette pratique si universelle aujourd’hui. L’historien peut se demander si c’est en raison de l’autocensure "ou peut-être parce que cette pratique n’avait pas l’importance qu’elle a prise".

On trouve toutefois chez Rabelais deux vers, un peu courts, mais sans ambiguïté :

Te sucera

Le bon bout


Et dans la préhistoire ?

"J’ai des pénétrations par centaines, des actes sexuels à plusieurs ou avec des animaux, et une sodomie à l’âge du fer, mais de fellation point", déclare, catégorique, un expert, le professeur Anati, du Centre d’études préhistoriques de Capo di Ponte. Plus chanceux, le professeur Taylor, directeur du laboratoire de préhistoire de Bradford, dit avoir vu en Mongolie une image représentant une femme suçant un homme en même temps qu’elle se faisait prendre par un autre… Le trio rupestre… Sur un bâton gravé provenant de la grotte de la Madeleine, il aurait aussi trouvé l’image d’une lionne léchant un long pénis. Son interprétation serait débattue…

Plus près de nous, on appelait Cléopâtre "la grande bouche"… "On raconte, dit l’historien, qu’elle aurait, un jour, exercé ses talents buccaux sur une centaine d’hommes de garde !"

On peut admirer au British Museum un papyrus avec une image d’Isis prenant le sexe d’Osiris dans sa bouche pour le ranimer…



L’Égypte antique prend ainsi bonne place dans l’histoire de l’art buccal. "D’ailleurs, note Leguay, les prostituées égyptiennes de l’Antiquité, réputées pour leurs talents de fellatrices, auraient été les premières femmes à utiliser du rouge à lèvres…"

On prêtait aussi cette vertu aux Phéniciennes "qui aimaient farder leurs bouches de manière obscène et enduire de miel les phallus pour les sucer"…

Et on n’oubliait pas de pomper à Pompéi, semble-t-il, "pour un demi-sesterce"… où des fellatrices célèbres ont laissé leurs noms en graffitis sur les murs. Veneria, Myrthis, Lahis…

Autre lieu, autres mœurs ? En Inde, le Kama Sutra consacre un chapitre entier au "congrès buccal" – mais celui-ci y serait réservé aux eunuques… ou aux "femmes dissolues", aux "masseuses", aux "courtisanes".



En Chine ? "La fellation était permise, dit l’auteur de la Vie sexuelle dans la Chine ancienne, Robert Van Gulik, mais seulement comme préliminaire, et ne devait jamais aboutir à l’émission complète de la part de l’homme."

Et chez les musulmans ? Malek Chebel admet que "les jeunes amoureux arrivent parfois à franchir l’étape" – surtout pour préserver la virginité féminine jusqu’à la nuit de noces, comme la sodomie –, mais cet encyclopédiste de l’amour en terre d’Islam ne peut que constater le "très fort tabou" que reflète la rareté des descriptions des pratiques bucco-génitales.

Au XIXe siècle les musulmans en venaient à considérer que "l’onanisme buccal" puisse être une spécialité… des femmes chrétiennes. Considérée alors comme "un reste des anciennes orgies qui se commettaient dans certains temples païens ou idolâtres", en contradiction avec l’enseignement du Christ, la fellation était sévèrement condamnée en islam. Ce qui n’empêchait pas qu’à Constantinople la prostitution de toutes origines (en particulier africaine) rende possibles toutes les pratiques…

On note à cet égard que le voile musulman tend bien à camoufler la bouche. Et l’on pourrait même imaginer que cette civilisation se soit construite autour de cette prohibition de la délicieuse caresse.

Quant à l’Afrique, contrairement aux idées reçues, il n’est pas dit que les mœurs y aient été traditionnellement libérales. Ce serait au contact du colonisateur – et plus encore dans le déferlement de prostitution moderne – que les interdits traditionnels auront volé en éclats. Ce n’était pas le point de vue du Dr Jacobus, qui publiait en 1893 un ouvrage sur le sujet, L’Amour aux colonies. Dans le climat "lascif" des tropiques, il est "difficile de ne pas glisser sur la pente dangereuse du vice, dit-il. C’est le vaincu [le colonisé] qui a corrompu l’Européen à son contact, et il a fallu pour cela les circonstances atténuantes du manque presque absolu de l’élément féminin européen au début de la colonisation". Quant à la fellation, le docteur croyait pouvoir remarquer que celles (et ceux) qui se livraient à cette pratique avaient "généralement les lèvres épaisses et déformées…".

Source : Histoire raisonnée de la fellation, Thierry Leguay, Le Cercle, 1999. Réédité en poche en 2003.



Extrait

La sexualité moderne a-t-elle pris naissance dans Emmanuelle ? Le livre d’Emmanuelle Arsan, écrit en 1959, et publié, sous le manteau, par Éric Losfeld, au milieu des années 60, reste l’ouvrage emblématique de ces années de révolution sexuelle. On y trouve une jolie description de fellation.

Ce soir, lorsque son mari a pris sa douche et entre dans la chambre, il trouve Emmanuelle qui l’attend, assise sur ses talons, toute nue, au bord du grand lit bas. Elle entoure ses hanches de ses bras et prend sa verge dans sa bouche. À peine l’a-t-elle sucé quelques secondes que la hampe gonfle et se redresse. Emmanuelle la fait aller entre ses lèvres jusqu’à ce qu’elle soit très dure. Puis, elle la lèche sur toute sa longueur, en penchant la tête, pressant le vaisseau bleuté qui court à fleur de peau et dont la congestion et le relief augmentent sous son baiser. Jean lui dit qu’elle a l’air de grignoter un épi de maïs et elle le mordille de ses petites dents pour achever la ressemblance. Vite, elle se rachète en aspirant doucement dans sa bouche la peau satinée des testicules, les soulève dans ses mains, fait glisser la pointe de sa langue sous eux, caresse une autre veine, se gorge du sang chaud qu’elle sent battre plus fort au toucher de ses lèvres, explore de plus en plus intimement, fouille, va, vient, remonte brusquement au bout du phallus, le pousse au fond de sa gorge, si loin qu’elle manque de s’étrangler ; là, sans se retirer, irrésistiblement elle pompe d’un lent mouvement, tandis que sa langue enveloppe et masse.

Ses bras enlacent les reins de son mari avec une passion qui croît à mesure qu’elle tète plus régulièrement sa verge et que l’excitation de ses lèvres et de sa langue se communique à ses seins et à son sexe. Elle sent que coule entre ses cuisses serrées un liquide abondant comme la salive dont elle humecte en ce moment dans sa bouche chaude le membre apoplectique. Pour pouvoir gémir de volupté et laisser un orgasme partiel la soulager et lui permettre de poursuivre sa fellation, elle fait ressortir un moment le pénis de ses lèvres, sans cesser cependant de caresser le méat entrouvert de petits coups de sa langue. Puis elle engloutit à nouveau le pont de chair palpitante qui les relie.


 
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